Par Marie Struglia, contributrice Horeca Talk.
Si vous pensez que tout a déjà été inventé en horeca en Belgique… laissez-moi vous rassurer: non.
On a effectivement des frites, des bières, du chocolat et une créativité culinaire impressionnante. Mais pendant que vous gérez vos services, vos stocks et vos équipes, le reste du monde s’amuse à tester des concepts parfois un peu fous… dont certains seraient parfaits pour le marché belge.
Je m’appelle Marie Struglia, je suis consultante horeca, et j’ai une petite passion:
repérer à l’étranger des concepts malins, les décortiquer, et imaginer comment les adapter chez nous.
Dans cet article, je vous présente 5 idées de business horeca, repérées aux quatre coins du monde, qui pourraient vraiment faire fureur en Belgique si on les met au goût local (et au goût sauce andalouse, évidemment).
1. Le « Neighborhood Work Club »
Le café-club des télétravailleurs
Le concept en deux mots
Entre le coffee shop et l’espace de coworking, les neighborhood work clubs sont des lieux pensés pour les gens qui en ont marre de travailler sur leur table de cuisine, mais qui ne veulent pas non plus louer un bureau full time.
On y trouve:
- une ambiance cosy de café de quartier,
- des tables confortables avec prises partout,
- du bon café (à volonté dans certains modèles),
- parfois des cabines pour visio,
- et un accès via abonnement mensuel.
Aux États-Unis, ce type de lieu se développe très vite. L’idée n’est pas d’être “le plus design de la ville”, mais le QG des indépendants, télétravailleurs et étudiants du quartier.
Pourquoi ça marcherait chez nous?
En Belgique, le télétravail s’est installé, mais tout le monde ne veut pas rester chez soi 5 jours par semaine.
Les besoins sont clairs:
- sortir de chez soi sans exploser son budget,
- trouver du calme (relatif) pour travailler,
- voir des vraies personnes, pas seulement des avatars en visio.
Le tout, dans un esprit café de quartier plutôt que “bureau corporate”.
Comment vous pourriez l’adapter?
- Proposer des formules d’abonnement (ex. 1 jour/semaine, illimité, pass 10 jours).
- Inclure café/thé dans le prix, et générer du chiffre en plus via:
- petite restauration,
-événements en soirée (afterworks, ateliers, conférences),
- privatisation week-end.
- Créer un vrai esprit communauté:
- prénom des membres au mur,
- mini événements de networking,
- partenariats avec entreprises locales (qui offrent l’abonnement à leurs employés).
Bruxelles, Liège, Gand, Anvers, Louvain-la-Neuve… toutes ces villes ont le potentiel pour accueillir un ou plusieurs “clubs de quartier” pour télétravailleurs.

2. Bar à bières & vins en libre-service
Le mur de taps qui fait parler tout le monde
Le concept en deux mots
Imaginez un mur avec 30, 40, voire 50 tireuses: bières, vins, cidres, parfois même cocktails.
Les clients reçoivent une carte ou un bracelet RFID, qu’ils rechargent au comptoir. Ensuite, ils se servent eux-mêmes, au centilitre près, en testant différentes références.
Ce type de “self-pour taproom” est très populaire aux États-Unis et dans certains pays européens.
C’est:
- ludique,
- rapide,
- très instagammable.
Pourquoi ce serait presque un crime de ne pas le faire en Belgique?
Parce qu’on est littéralement le pays parfait pour ça.
On a:
- une diversité de bières incroyable,
- des brasseries artisanales qui cherchent de la visibilité,
- une clientèle curieuse, prête à découvrir.
Ce concept permet de proposer:
- des dégustations comparatives (blondes, triples, IPA, lambics, etc.),
- des “parcours” thématiques (100 % brasseries locales, bières d’abbaye revisitées…),
- une expérience dont on parle ensuite à tous ses amis.
Les points à soigner
• Légal et responsable: contrôle d’âge, communication claire sur l’alcool, limite de volume par carte.
• Expérience client:
- écrans ou étiquettes avec explications: style, degré, brasserie, anecdote, accord mets/bière,
- staff formé pour conseiller, pas juste encaisser.
• Business model:
- très bonne maîtrise des marges sur les boissons,
- possibilité d’ajouter un small food court avec partenaires (frites revisitées, croquettes, street food belge).
Un tel lieu, bien pensé, pourrait devenir une attraction autant pour les locaux que pour les touristes.
3. Café ludique nouvelle génération
Jeux de société, narration & micro-escape game
Le concept en deux mots
Les board game cafés existent déjà… mais la nouvelle génération va plus loin.
À l’étranger, certains lieux combinent:
- ludothèque XXL,
- soirées thématiques,
- jeux narratifs,
- mini escape games intégrés dans le décor.
On ne vient plus “juste pour jouer”, on vient vivre une soirée scénarisée, guidée par l’équipe.
Pourquoi ça plaît autant (et plairait encore plus en Belgique)
- Parce que tout le monde dit qu’il en a marre des écrans, mais ne sait plus quoi faire sans.
- Parce que c’est un prétexte parfait pour réunir amis, collègues, famille autour d’une table.
- Parce que les Belges aiment prendre leur temps à table, surtout si on leur ajoute un peu de jeu et d’ambiance.
Comment vous démarquer des cafés-jeux déjà existants?
En ajoutant une couche d’expérience:
• Des zones thématiques:
- table “enquête & polar” (jeux d’enquête, escape box),
- table “familiale”,
- table “gros joueurs”,
- table “découverte express 20 min”.
- Un mini-escape game dans le café:
- énigmes cachées dans le décor,
- clin d’œil à l’histoire de la ville, à Tintin, à Magritte, à l’Atomium…
Une gamification de la fidélité:
- chaque client a une “fiche perso” (type jeu de rôle) qui évolue,
- points d’expérience, badges, soirées VIP pour les “level 10”.
Côté modèle économique:
- facturation à l’heure pour l’accès aux jeux (ex. 6–8 €/personne),
- consommation obligatoire,
- ventes de jeux en sortant (en partenariat avec des éditeurs ou boutiques).

4. Le supper club sur abonnement
Le club de souper pas snob (mais un peu secret)
Le concept en deux mots
Le principe du supper club:
- un réseau de dîners privés,
- sur réservation, souvent pour un nombre de places limité,
- avec une vraie mise en scène culinaire et sociale.
Dans plusieurs pays, certains supper clubs fonctionnent sur abonnement : on devient membre et on reçoit un accès privilégié à plusieurs événements par an.
Pourquoi ce serait une belle pépite en Belgique?
Parce que:
- on adore bien manger,
- on aime se sentir un peu privilégié (“on connaît cette adresse, mais pas encore tout le monde”),
- et on a une scène de chefs incroyablement talentueux, parfois peu visibles.
Le supper club serait un formidable moyen de:
- mettre en avant des chefs invités,
- occuper des restaurants partenaires un soir de fermeture,
- créer une vraie communauté de food lovers.
À quoi cela pourrait ressembler concrètement?
Un abonnement annuel (par ex. 150–250 €/an) donnant droit à:
- priorité de réservation pour X dîners thématiques,
- tarifs préférentiels,
- menus “off the menu” en exclusivité.
- Des dîners sur des thèmes forts:
- “Terroir belge 2.0”,
- “Tour du monde en 6 assiettes”,
- “Accords mets & bières d’exception”.
- Une ambiance conviviale mais pas guindée:
- grande table commune,
- places réservées pour les solos,
- rencontre avec le chef et les producteurs.
Un beau terrain de jeu pour des restaurateurs qui veulent sortir du quotidien du service classique et fidéliser une clientèle passionnée.
5. Café interactif « Art & Robots »
Quand Tokyo rencontre Bruxelles
Le concept en deux mots
Un café où l’on vient:
- boire un bon café,
- grignoter,
- mais aussi créer (dessin, sérigraphie, customisation)
- et interagir avec… des robots.
Dans certains cafés au Japon, des robots serveurs sont contrôlés à distance par des personnes en situation de handicap ou dans l’incapacité de se déplacer. Résultat: une expérience technologique, ludique et profondément humaine.
Pourquoi ce serait puissant en Belgique?
Parce que:
- on a une vraie culture artistique (Magritte, BD, illustration, street art…),
- on aime les lieux qui ont une histoire à raconter,
- et les projets mêlant innovations & inclusion sociale parlent de plus en plus au public… et aux médias.
À quoi pourrait ressembler un “Art & Robots Café” belge?
Une zone café avec une carte simple mais qualitative:
- café de spécialité,
•pâtisseries artisanales,
- lunch léger, produits locaux.
• Une zone atelier:
- customisation de tasses, affiches, BD, tote bags,
- ateliers encadrés par des artistes belges,
- formules teambuilding, anniversaires, événements privés.
- Des robots serveurs / avatars (à intégrer progressivement):
- quelques robots circulent sur une partie de la salle,
- collaboration avec des associations ou institutions pour employer à distance des personnes à mobilité réduite.
Ce n’est pas qu’un “café gadget”:
c’est une expérience complète, avec des sources de revenus diverses (F&B, ateliers, événements, privatisation) et une histoire forte qui nourrit votre communication.
Et maintenant… on fait quoi avec tout ça?
Si vous êtes arrivé·e jusqu’ici, il y a de fortes chances que:
- soit vous ayez déjà un lieu horeca et une furieuse envie de le faire évoluer,
- soit vous rêviez de vous lancer, mais sans “simplement ouvrir un bar de plus”.
Bonne nouvelle:
Oui, il reste de la place pour des concepts nouveaux en Belgique.
Non, vous n’êtes pas obligé·e de tout inventer from scratch.
Ces 5 idées ne sont pas à copier-coller, mais à adapter intelligemment :
- à votre ville,
- à votre clientèle,
- à vos moyens,
- et à votre personnalité.
Vous pouvez:
- commencer par une soirée test dans un lieu existant,
- lancer un pop-up de quelques mois,
- ou intégrer un des concepts comme nouvelle verticale dans un établissement déjà ouvert.
Pistes de réflexion pour passer de l’idée à l’ouverture
Quelques points d’attention pour structurer une démarche d’ouverture:
- clarifier votre positionnement et votre concept,
- vérifier la cohérence économique (chiffre d’affaires potentiel, charges, rentabilité),
- adapter l’idée au marché local belge (clientèle, cadre légal, habitudes de consommation),
- construire un plan d’action concret: phases test, pop-up, ouverture, communication.
Ces concepts restent des signaux à observer. Chaque idée doit être adaptée à son marché local, son équipe et son cadre légal — à valider avec un professionnel compétent si nécessaire.
En synthèse, un concept venu d’ailleurs ne devient pertinent que s’il rencontre une réalité de terrain. Horeca Talk suivra ces signaux dans son Radar et dans ses dossiers vivants.
Vous portez un projet similaire ou vous testez déjà l’un de ces concepts? Partagez votre retour terrain à la rédaction.




